"N° 3. - [...] un des principes essentiels de notre constitution sociale est de n'admettre personne comme intellectuel pur. Tout homme doit donner quelques heures chaque jour au travail manuel. Ainsi, l'égalité est rétablie. KOKUPARKI. - Elle n'est pas rétablie du tout, l'égalité. N° 3. - Elle est rétablie. (Tourné vers le N° I.) Le sculpteur ne fera plus fi du maçon et Mallarmé, petit professeur du lycée, aura sa chance comme de Lamartine, gentilhomme propriétaire. N° I. - Fort bien. KOKUPARKI. - Mais vous n'empêcherez pas que certain garçon, pour ces raisons mystérieuses honnies par vous, prendra de l'avance dans le sein maternel et à peine débarqué battra d'étapes en étapes ses concurrents. N° 2. - Nous le handicaperons. Voix dans la foule : "C'est ça, plus de tricheurs." KOKUPARKI. - Diable ! comment ferez-vous. LES TROIS JURES, ensemble. - Nous... (Ils s'arrêtent embarrassés.) N° I. - Bah ! ma foi ! je ne vois rien à ajouter à ce que nous avons inventé. Aux gamins de se débrouiller entre eux. Si tout de même la nature veut dire son mot... N° 2. - Halte-là ! Vous déraillez, juré n° I. Vous oubliez les principes. Ma nature d'homme, d'ancien élève des Beaux-Arts est aussi naturelle que la Nature avec un grand N. Or, il est de ma nature de dénoncer les tricheurs comme ce Paulot Picasse qui, à dix-huit ans, prétendait déjà peindre des chefs-d'oeuvre alors que les garçons modestes comme moi en étaient encore à peloter de la mie de pain. Il faudra que nous trouvions un truc pour parfaire notre système." Pierre Drieu la Rochelle (1893 - 1945), "Le dernier capitaliste", La N.R.F., octobre 1919.

Robert Doisneau (1912 - 1994), Les Ecoliers de la Rue Damesme.