« Balthazar assis dans le coin de la salle à manger éclairée aux bougies. Pendant que Beefy chasse dans ses gambades toutes les désillusions qu’il a endurées. Il continue à vivre, comme si l’univers rebondissait quand on le lâche par terre. Je connais pourtant le petit secret terriblement triste qui est enfoui au fond de son cœur. Je l’ai lu un jour, il y a longtemps. J’ai découvert qu’il n’était qu’un petit garçon comme moi, transi dans la nuit d’un désert de peine. Même en cet instant où il porte joyeusement un verre à ses lèvres. Et tape sur la fesse droite et durcie d’Edwina. Comment est-il parvenu jusqu’à nous à travers les siècles. Pour se dresser comme il le fait, nu comme un ver. Avec une ceinture autour du ventre, étreignant les dames aux doigts agiles.
[…] Baltahzar quitta la pièce sur la pointe des pieds. La bataille faisait rage derrière lui. De la cuisine, il sortait une affreuse odeur de chien. Dans la paix troublée de ce qui avait été mon foyer. Et ne le sera plus. Après ce soir. Car je vais monter l’escalier. Etranger que je suis au jeu de Beefy. Je n’ai jamais su jouer qu’avec une seule partenaire. Enlever ce vase plein de fleurs jaunes mourantes. Verser au tout-à-l’égout cette colonie d’animaux unicellulaires. Remplir une valise de vêtements. Et le tout sans faire aucun bruit.
[…] Balthazar B s’assit dans son fauteuil de bureau. Il appuya sa tête fatiguée. Les bruits lointains du deuxième étage. On est tout seul. Quand on fait une pause quelque part. J’entends le rire du bébé. Il tendait le bras, s’emparait de mon doigt et tirait. Il essayait de me voir en ouvrant de grands yeux confiants. Quand il grandira, j’espère qu’il se relèvera indemne après chaque coup dur. Et ne connaîtra jamais le triste petit secret caché dans le cœur de Beefy. Lu il y a bien des années, sur un bout de papier tombé de son journal qu’il écrivait à l’école. Je l’ai ramassé par terre entre nos lits et j’ai vu sa petite écriture serrée.
J’ai besoin
D’une maman
Et d'un papa
S’il vous plaît
Quelqu’un
Aidez-moi. »
