"Après une brève cérémonie à la mairie, je la conduisis au nouvel appartement que j'avais loué, et là, à sa stupéfaction, je lui fis endosser, avant de poser les mains sur elle, une grossière chemise de nuit de fillette que j'avais réussi à subtiliser dans le placard à linge d'un orphelinat. Je tirai quelque amusement de cette nuit de noces, tant et si bien que la pauvre bécasse finit par avoir une crise de nerfs quand l'aube se leva. [...] Cet état de choses dura de 1935 à 1939. Le seul mérite de Valérie était sa nature réservée, comme assourdie, qui contribuait à créer une atmosphère étrangement confortable dans notre logis étriqué et sordide : deux pièces, un panorama confus dispensé par l'une de nos fenêtres, l'autre ouvrant sur un mur de briques, une cuisine minuscule et une baignoire sabot où je me faisais l'illusion d'être Marat - un Marat que nulle vierge au col de cygne ne menaçait de son poignard. Nous y connûmes bon nombre de soirées douillettes, elle plongée dans son Paris-Soir, moi travaillant devant une table branlante. Nous allions au cinéma, assistions à des épreuves cyclistes et des matches de boxe. Je ne faisais presque jamais appel à ses charmes blets, fors les moments d'urgence extrême ou de désespoir. [...] Je disposais néanmoins, grâce à Valérie, d'un dégorgeoir licite où canaliser tant bien que mal mes élans inommables."