Une fois n'est pas coutume, je reprends en partie un article publié aux débuts de ce blog, en raison de la diffusion des Dents de la mer ce soir à la télévision. Si vous avez plus de vingt ans, il est hautement improbable que vous n'ayez jamais vu ce film, étant donné que France 3 le passe tous les ans depuis quinze ans à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet, à l'heure où les premiers vacanciers chargent la voiture pour rejoindre la Grande Bleue.
Rappelez-vous : le doublage très moyen de Roy Scheider, les cols pelle à tarte, la musique qui vous scie les nerfs, la fille qui hurle comme une démente au début du film (à sa décharge, elle est en train de se faire cisailler artisanalement par un requin de sept mètres), l'épouse pas belle du tout mais très compréhensive, le maire véreux qui préfère laisser les petits enfants se faire dévorer plutôt que de perdre de l'argent avec sa station balnéaire, et Richard Dreyfuss ("le yéti d'Amity") couvert de lunettes, de cheveux, de moustache et de barbe, qui fait le guignol dans une cage en acier. Sans oublier les scènes de foule, avec des dizaines de baigneurs qui poussent des cris stridents en s'escaladant les uns les autres dans les vaguelettes...
L'affiche est très suggestive, parce qu'on imagine le "après", et qu'on ne veut pas croire que le requin pourrait brusquement sonder ou changer de direction; sur la couverture du livre paru en édition de poche, la jeune fille est encore plus explicitement nue. Dans le roman (où sexe et drogue se mêlent à sang et tripaille), l'épouse fait un pas de travers avec l'ichtyologiste barbu, qui finit comme dans le film en cacahuète à requin, à la grande satisfaction du chef de la police - cocu mais pas spécialement content. Sur l'affiche, vous noterez les dents, surdimensionnées, comme une armée de couteaux prêts à dépecer la petite dame. Le requin du film était en fait une machine compliquée (construite en trois exemplaires tous nommés "Bruce" - oui, oui, comme dansLe monde de Némo) de plus de sept mètres, alors que la bestiole peinte ici dépasse en taille tous les spécimens connus à ce jour. C'est pour faire plus peur !
A l'époque, le film avait été un succès colossal, faisant même la une de magazines de société :
Jawsdéclencha une vague de panique allant jusqu'à l'hystérie dans tous les pays où il sortit, propulsant les récits des attaques de requins à la une des journaux australiens, américains et sud-africains. Des massacres organisés de requins prirent l'allure de mesures de salubrité publique - bien que l'immense majorité des espèces soit parfaitement inoffensive. A titre de comparaison, les cobras tuent plus de personnes en Inde que ne le font les squales dans toutes les mers du monde. Le requin paya donc très cher cette entrée dans l'imaginaire collectif !
Depuis 15 ans, la population des grands requins blancs a diminué de presque 80%. Chaque année, toute espèce confondue (plus de 380 espèces en tout), plus de 100 millions de requins sont tués, mais ce chiffre est certainement sous-estimé. us-estim En guise de conclusion, je laisse la parole au peintre animalier Richard Ellis : "Quels sont les éléments qui composent cette relation d'amour et de haine ? [...] Les raisons sont-elles à chercher au plus profond de notre psychisme collectif ? La fascination et l'horreur simultanées que nous inspire le requin sont peut-être simplement dues à la peur ancestrale d'être dévoré. Cet animal est, après tout, le seul qui puisse manger un homme - et, pire, qui le fasse à l'occasion. Et c'est de ce bois que les légendes sont faites..."
Et bien, je dois être une des rares personnes à ne jamais avoir regardé ce film et je m'en porte très bien. Il faudrait me payer cher pour que je perde mon temps à le regarder.
oui et 15 ans après les dégats de tels absurdités continues....pourtant les mers sont leur environnement, leur seul habitat et leur seul terrain de chasse.L'homme lui ne les tue même pas pour se nourrir mais pour faire de simili potion dont les effets sont plus que discutable.De plus un tel charognard et un épurateur de la mer.....Encore une journée de bourdon à penserbiseFrancine
ben alors cachottière ...tu ne nous avais pas annoncé la naissance de ton petit dernier : ton blog !!!! Bravo ! j'attends les prochains articles avec impatience !