Vendredi 24 novembre 2006
Certaines le savent, je suis passionnée par les requins depuis une quinzaine d'années; aujourd'hui j'aimerais vous présenter une oeuvre d'art originale, Watson and the shark, peinte en 1778 par l'Américain John Singleton Copley :
En 1749, un jeune marin orphelin, Brook Watson, se baigne dans le port de La Havane quand il est attaqué par un requin - il y laissera son pied droit, mais Copley a bien évidemment édulcoré la scène. Ses compagnons d'équipage parviennent à le sortir de l'eau au prix d'une lutte épique contre le squale. Watson survivra, sera amputé, deviendra par la suite en Angleterre un marchand prospère et sera même lord-maire de Londres en 1796-1797. A sa mort en 1807, il lèguera le tableau à un orphelinat pour rappeler à ses pensionnaires qu'on triomphe de toutes les adversités. C'est Watson lui-même qui a commandé le tableau à John Singleton Copley, qui le composera d'après le récit de son client.Ce tableau fait date pour deux raisons : c'est la première fois - hormis chez les peintres naturalistes - qu'un requin est un personnage à part entière d'une oeuvre d'art. C'est également une des premières fois que le héros de la scène est une personne tout à fait ordinaire, que ne distingue pas son origine sociale. En ce qui concerne le requin lui-même, quelques mots :
Les spécialistes s'accordent à dire qu'il n'est d'aucune espèce reconnaissable; sa bouche en arc mauresque a fait couler beaucoup d'encre (de seiche). Il y a une bonne raison à ces approximations : on sait avec certitude que Copley, à l'époque où il a peint ce tableau, n'avait jamais vu de requin, ni mort ni vivant...
Par Agnès
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Vendredi 15 décembre 2006
Aujourd'hui j'aimerais vous présenter un tableau daté de 1899, intitulé The Gulf Stream. Il est l'oeuvre du peintre américain Homer Winslow (1836 - 1910), qui connut la célébrité en fournissant à des périodiques des illustrations sur la guerre de Sécession.
Ce tableau est une des premières représentations "modernes" des relations hommes-requins. Son esthétique repose entièrement sur des contrastes forts : - le désastre et l'espoir : en haut à droite, un ouragan s'éloigne, après avoir démâté le sloop où est allongé le seul survivant du naufrage; à gauche, un voilier cingle, peut-être vers l'homme qui ne le voit pas, sans doute pour le recueillir et le sauver d'une mort certaine.
- le blanc et le noir : l'écume qui mousse sur les crêtes des vagues, le noir au premier plan. Entre ces deux zones, un faisceau concentré de teintes chaudes avec le bois de l'embarcation et la peau du jeune homme. Le blanc est repris en écho sur la coque du sloop et le ventre des requins. La scène est très réaliste : au moment de l'attaque, certains requins basculent sur le flanc ou sur le dos pour avoir plus de prise sur leur proie.
- le rouge et le vert : vert de la mer au creux de la vague, rouge du sang et des restes des autres membres d'équipage dispersés par les requins.
- les courbes et les droites : les lignes droites du mât brisé, de l'arrière du bâteau et des jambes de l'homme s'opposent aux courbes convulsées de l'ouragan et des squales qui se tordent dans la curée.
- l'agitation et la sérénité : agitation fébrile des requins qui semblent s'enrouler sur eux-mêmes et happer tout ce qui passe à leur portée, sérénité absolue de l'homme qui regarde ailleurs et semble étranger à la situation. Ce tableau fut présenté la première fois au sein d'une galerie en 1900 : les visiteurs de celle-ci trouvèrent le sujet si déprimant qu'Homer dut écrire cette note non dénuée d'ironie au responsable de la manifestation : "Vous pouvez dire à ces dames que cet infortuné nègre, commotionné et à demi-mort, sera recueilli et renvoyé à ses amis et à son foyer, où il coulera des jours heureux"...
Par Agnès
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Aujourd'hui j'ai décidé de faire mon Nicolas Bulot !
Le fait est
suffisamment rare pour être signalé : le journal télévisé de 20 h
en date
du 24 janvier a consacré deux minutes à une découverte étonnante.
L'équipe du parc aquatique Awashima au sud de Tokyo a pu filmer un
spécimen
vivant de requin-lézard ou requin à collerette (Chlamydoselachus anguineus).
Ce poisson appartient à l'ordre des Hexanchiformes (cela signifie qu'il
possède 6 fentes branchiales). La présence de ce requin-lézard d'1,60 m -
signalée par un pêcheur - est d'autant plus remarquable que c'est une espèce
que l'on rencontre d'ordinaire sur les plates-formes continentales et
insulaires, à des profondeurs variant entre 120 et 1280 m. Le spécimen (une
femelle) a été capturé, filmé et est mort quelques heures après, sans doute
parce qu'il était malade.
Il ressemble
à une anguille avec une bouche terminale, dont les deux mâchoires sont garnies
de dents :
C'est un
poisson ovovivipare (les jeunes proviennent d'oeufs qui éclosent à l'intérieur
du corps, la période de gestation allant jusqu'à deux ans), pourvu d'une seule
nageoire dorsale sans épines et d'une nageoire anale. Sa distribution est
mondiale :
Mon but
aujourd'hui n'est pas de vous assommer de données scientifiques, mais je
souhaiterais attirer votre attention sur le caractère assez miraculeux de cette
apparition. Le requin-lézard fait partie de ces « requins-fossiles »
dont l'évolution n'a sans doute pas connu de changements depuis plusieurs
centaines de millions d'années.
Pour vous permettre de bien situer les choses,
je laisse la parole à John G. Maisey, membre de l'American Museum of Natural
History de New York : « Le plus ancien fossile de requin est trois
fois plus âgé que celui du premier dinosaure. L'origine de ce prédateur marin
est cent fois plus ancienne que celle de l'homme. L'arbre généalogique du
requin témoigne de plus de 450 millions d'années d'évolution. Les océans du
monde préhistorique étaient peuplés de requins longtemps avant que les premiers
vertébrés aient conquis la terre ferme, avant que les premiers insectes aient
pris leur envol et même avant que de nombreuses plantes aient entrepris de
coloniser les continents. Si l'on pouvait se transporter aussi loin dans le
temps, les requins seraient une des rares familles d'animaux qui nous paraîtrait
familière dans un monde peuplé d'organismes étranges. »
Pour la plupart des gens, les
requins sont
effrayants, ils ne sont pas spécialement intelligents et il leur arrive
de dévorer des êtres humains, mais ils m'ont toujours semblé être un
des
témoignages les plus rassurants de l'existence possible de l'éternité.
Ils ont
été là bien avant l'homme, et ils seront là probablement bien après nous, à
condition toutefois que
nous restions vigilants.
NB : ces deux photos sont extraites de la vidéo réalisée par le parc marin Awashima.
Par Agnès
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