Mercredi 31 janvier 2007
"Tout échappait à Alice infiniment. [...] Il lui semblait que tout s'en allait avec Gilles. Elle eut dans les os un de ces frémissements terribles qui annoncent la mort dans la vie d'un être.
Et Gilles ressentit par contre-coup ce frémissement. Bien plus fortement qu'avec Myriam, il entrevit cet aspect tragique de la destinée, c'est que nous nous apportons la mort les uns aux autres. Lui qui, par fidélité à son geste essentiel, s'en retournait du côté de la mort, d'où il était venu, il se retourna pour voir une dernière fois, avec des yeux agrandis par l'effroi, le beau visage d'Alice qui se décomposait rapidement derrière lui."
Et Gilles ressentit par contre-coup ce frémissement. Bien plus fortement qu'avec Myriam, il entrevit cet aspect tragique de la destinée, c'est que nous nous apportons la mort les uns aux autres. Lui qui, par fidélité à son geste essentiel, s'en retournait du côté de la mort, d'où il était venu, il se retourna pour voir une dernière fois, avec des yeux agrandis par l'effroi, le beau visage d'Alice qui se décomposait rapidement derrière lui."
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"Gilles avait cru, il avait prodigieusement, absolument cru. Il avait cru en elle, et ayant cru en elle, il avait cru en lui-même comme il ne l'avait jamais fait, si ce n'est à quelques moments dans l'action de la guerre ou devant Alice. Il s'était appuyé de tout son poids sur elle, mais, en même temps, il pensait qu'elle s'appuyait de tout son poids sur lui et qu'elle recevait de cet appui une force définitive. Il y a un moment dans la vie d'un être où il donne tout son chant; il sort de lui un grand cri droit et apte pourtant à toutes les modulations. Il croit, il croit dans la vie, il se donne à elle entièrement. Il offre à un autre être un magnifique, un unique instrument de bonheur."
Pierre Drieu la Rochelle (1893 - 1945), Gilles

Koloman Moser (1868 - 1918), coll. particulière







